jeudi 30 octobre 2008

Dives 2
Conseillé et orienté par Madame Hanse, maire adjointe à la culture, et Monsieur Mouraret, actuel maire de Dives, ce matin, j'ai rencontré Madame Le Hénaff, une divaise de longue date qui fut un temps adjointe à la culture et qui a passé dernièrement du temps à collecter de la mémoire sur l'histoire de Tréfimétaux. pour l'ouvrage "Une usine, des hommes" édité au Cahier du Temps. Madame Le Hénaff m'a accueilli chez elle, chaleureusement, ce matin, avec petit café et biscuits pour agrémenter notre discussion. Puis, malgré les incandescences du coeur, elle s'est mise à me parler de l'histoire de l'usine, à me raconter des anecdotes, à chercher qui je pourrais rencontrer pour enrichir le projet d'écriture. Après deux heures d'entretien, une belle liste de contact était dessinée. Ensuite, elle m'a emmené dans l'une des cités ouvrières de Dives et nous sommes allés chez un ancien fondeur de Tréfimétaux (syndicaliste) âgé aujourd'hui de 78 ans. Là aussi l'accueil a été des plus chaleureux. Il est d'accord pour que nous prenions ensemble une matinée avec un autre ancien collègue de l'usine pour raconter le travail, les anecdotes, le combat des derniers jours et sans doute bien d'autres choses.
Tout commence bien. Et ce qui me touche, c'est cette extrême accueil que je reçois et le bonheur qu'ont les personnes de se rappeler au bon souvenir.
Ensuite je suis allé passer un peu de temps sur le port qui a effacé l'usine dont il ne reste que le beffroi qui est aujourd'hui plongé dans une si grande solitude que des champignons lui poussent sur la peau de ses murs.
Christophe Tostain

mardi 21 octobre 2008

DIVES 1

Premier jour de contact avec l'actualité brûlante de Dives-sur-Mer. La photo permet de minimiser les commentaires de la journée. Il y a eu la fermeture de Tréfimétaux en 1984 et maintenant on ferme EUROCEL. Aujourd'hui était le dernier jour de négociation entre les délégués de l'usine et les patrons. Pour décider du montant des indemnités de départ des salariés licenciés. 77 au total. Le délibéré se tient dans une salle du Château des Tilleuls ; base d'un centre de loisirs. Dehors on attend le résultat dans un saisissant vent froid d'automne. Mais il ne pleut pas. Entre les négociations et nous dehors, il y a une grille avec représentant du préfet, police, renseignements généraux, commissaire.
Les gens parlent. De tout. De ça bien sûr mais aussi du foot, de la bourse, des enfants...Je rencontre quelques personnes qui avaient subies la même chose à Tréfimétaux et qui sont là maintenant en soutien.
Puis les délégués apparaissent une première fois ; pour rien et prévenir qu'ils reviennent dans cinq minutes. Vingt minutes plus tard, ils annoncent la couleur : 8000 euros dans un premier temps plus une somme par la suite qui sera proportionnelle à la vente du matériel de production. Il y a vote chez les salariés. Une majorité refuse. Les délégués retournent au combat. On attend à nouveau. les discussions se concentrent plus sur ce qui est en train de se passer. Certains ont envie d'en découdre, mais ils le disent avec le sourire. Les délégués reviennent une deuxième fois, les actionnaires proposent 11 000 euros mais il y a perte de la mutuelle. Pour dehors cette fois ça suffit. C'est non. Il faut aller devant le tribunal et engager une bataille juridique. Maintenant dehors, tout le monde attend les patrons pour les insulter copieusement. Des oeufs circulent dans les mains car selon les renseignements généraux, l'oeuf non cuit n'est pas considéré comme un projectile. Mais on attend. Personne ne sort. A croire que les patrons attendent que tout le monde soit parti. Personne ne part. Un oeuf ou une bonne insulte c'est toujours ça de donner. Puis des cris soudain crèvent l'attente. Ca y est ! Ils sortent ! Oui mais par une porte dérobée, derrière le château, en catimini, en courant. Alors tout le monde se précipite avec pour seule arme le cri de révolte. On fait le tour. Vite. De peur de manquer la curée. Mais en bas de la route, une barrière de CRS bloque les nouveaux chomeurs en colère pour que les patrons puissent partir à l'abri du désespoir.
Christophe Tostain.

vendredi 26 septembre 2008

Itinérances.


Tout au long de la saison du TANIT THEATRE, invités par Eric Louviot et Véronique Piantino, quatre auteurs dramatiques vont être immergés dans des lieux adéquats de l'arrière Pays d'Auge, que ce soient des villes ou petites communes du territoire, pour inscrire cette fois une mythologie du quotidien de ces « vies minuscules » et ses rêves d’ailleurs.

Ce nouveau projet est lié à la mutation des territoires, à leur nouvelle logiques, à la perte des traditions ouvrières et agricoles, aux abandons des ressources historiques pour répondre à un besoin d’image et de représentation, comme la vitrine d’un pays mis sous verre, vite regardé et traversé par la horde de touristes saisonniers. Mais dans cet arrière Pays d’Auge, maintenant presque pays inférieur, comme on disait jadis, que deviennent les laissés pour compte, comment vivent ceux dont les professions deviennent obsolète dans cette société. Où vont-ils, que vivent-ils ? C’est pour essayer de rencontrer « Ceux-là » que nous avons demandé à quatre auteurs de s’imprégner de leur quotidien pour piocher, récolter, faire ressurgir ces témoins du, déjà presque passé. A partir de rencontres avec les habitants, il s’agit d’explorer les mémoires et les inscrire dans le projet en partant de collecte d’écrits ou d’oraux, d’ateliers d’écriture, des fois même de jeter rapidement sur le plateau les signes écrits (réécrits par l’auteur résident dans l’urgence de la restitution le matériau brut), ce qui implique un metteur en scène qui portera à la scène, la saison suivante, le texte finalisé avec comme contrainte : la distribution, n’excédant pas deux acteurs, la prise en compte des lieux improbables de l’intime, l’extrême mobilité du spectacle et son installation rapide.

Créant ainsi des petits îlots de vie vraie résistants à tout effet tendance, ces textes, des fois insolents, tendres, drôles ou émouvants d’une écriture dont nous connaissons par avance les effets, partiront à la rencontre de ceux qui croient encore à la parole simple, donnée dans un lieu simple, par celui qui parle à celui qui écoute.

Ce blog permettra aux quatre auteurs de rendre compte régulièrement des avancées de leurs travaux ; rencontres, échanges, expériences, mais aussi doutes